Vous prendrez bien un verre d'eau, non ? Vous préférez une eau de surface ou une eau de captage ? Depuis l'été, le débat mouille l'Inasep.
Patrick LEMAIRE

Votre eau, vous la préférez neutre ? Dure ? De surface ? De captage ? Depuis l'été, le débat a mouillé des fronts, à l'INASEP. Ce porteur d'eau garantit la qualité de l'or bleu distribuée dans les foyers de l'arrondissement de Philippeville. Mais les tourneurs de robinets, chez eux, n'apprécient pas pour autant les choix opérés.
L'information a été évoquée récemment, lors du conseil communal de Viroinval. Des habitants de Dourbes se plaignent, en effet, du fait que le distributeur est passé de l'eau du Ry de Rome à celle d'un captage local, ce qui a changé leur vie. L'eau du Ry de Rome, hypertraitée parce qu'il s'agit d'eau de pluie, est nettement moins dure que celle du captage, puisée en profondeur.
« Ce phénomène est logique : l'eau captée a percolé les roches calcaires », nous explique Philippe Libertiaux, directeur de l'INASEP. Du coup, des Dourbois sont mécontents : non seulement le goût de l'eau a changé, mais leurs appareils ménagers ont subi les affres du tartre.
La raison de ce grand plongeon ? L'été trop sec... et des soucis de traitement de l'eau à la SWDE, qui gère la station du Ry de Rome. « En fait, nous avons détecté, en plusieurs endroits de la région, certains indicateurs bactériologiques qui ne nous garantissaient plus, à 100 %, la qualité de l'eau. Cela ne veut pas dire que l'eau était impropre à la consommation, mais un risque était potentiel. Nous sommes passés, là où nous le pouvions, sur nos anciens captages, dont l'eau est très bonne.
À Dourbes, il s'agit de la meilleure de la région, avec celle de Flavion. Mais il est vrai qu'elle est plus calcareuse. Le taux de calcaire est d'environ 35 degrés français. La norme européenne doit se situer entre 15 et 66, nous sommes donc dans les normes. Pour les appareils électroménagers, cela veut dire davantage de calcaire. Mais d'un autre côté, on promeut la consommation de lait et de yaourt pour leur apport de calcium : à Dourbes, il est naturellement dans l'eau et en quantité raisonnable... » Pourtant, les Dourbois pestent. Certains réclament l'eau du Ry de Rome, comme avant. D'autres se demandent s'il faut investir dans des adoucisseurs. Mais la manoeuvre n'est pas vraiment conseillée.
Pour résoudre le problème, il faut d'abord voir où en est la cause ! À Dourbes, deux facteurs se conjuguent : un faible débit dans une conduite de 4 kilomètres qui n'alimente que le village (et donc, de l'eau qui stagne de trop en été), mais aussi un souci plus général : la qualité de l'eau fournie par la SWDE.
Améliorer la qualité du traitement de l'eau Des menaces sont détectées, depuis deux ans, sur l'eau qui arrive dans les collecteurs. Le traitement, au barrage, devrait donc être intensifié. Et c'est là que le bât blesse : l'INASEP et la société wallonne ne sont plus aussi proches qu'avant. Et cette dernière ne répond pas aux appels du pied de la première.
« Avant, nous avions un rapport mensuel sur le chlore résiduel dans certains points stratégiques du réseau. Ce n'est plus le cas maintenant », déplore d'ailleurs Philippe Libertiaux.
Pour lui, diverses mesures peuvent être prises : intervenir au niveau du traitement de l'eau au Ry de Rome, ou installer des purges dans l'adduction d'eau, ou rechlorer l'eau à certains endroits du réseau, au niveau des réservoirs. « C'est ce que nous avons fait à Mariembourg cet été, parce qu'il n'y a pas de captage là-bas. Mais ce n'est pas notre rôle : nous, nous devons acheter de l'eau de qualité » .
La SWDE et l'INASEP doivent réapprendre à collaborer, pour sortir une solution durable du puits où elle est plongée.