Haricots, carottes, asperges, oignons, agneau,... parcourent des milliers de kilomètres, par avion, avant d'atterrir dans nos assiettes. À quel prix ? Analyse.
Jean-Christophe HERMINAIRE
On connaît l'exemple de ces crevettes grises pêchées en mer du Nord et qui reviennent «toujours fraîches» sur l'étal du poissonnier d'Ostende après un détour par le Maroc où elles ont été décortiquées. Le périple paraît absurde. Mais si on analyse son assiette, on verra que la plupart des produits que nous consommons couramment ont l'âme tout aussi voyageuse. Qu'ils ont parcouru parfois un demi-tour du monde, par avion, avant d'atterrir sur notre table. Consommation de pétrole, émissions de CO2: le bilan environnemental est désastreux.
Il ne faudrait pas croire que les tours opérateurs de l'alimentaire se contentent de faire voyager des curiosités au goût d'exotisme. Du kangourou d'Australie, de l'autruche d'Afrique du Sud, des ananas d'Amérique centrale ou des caramboles de Malaisie, que l'on va goûter une fois l'an. Non, on importe aussi, en quantité et en toutes saisons, du boeuf argentin et de l'agneau néo-zélandais. des poires de Corée, des pommes du Chili, des fraises d'Israël, des framboises des USA, des carottes d'Afrique du Sud, des asperges du Pérou ou des oignons de Tasmanie, même des choux de Bruxelles venant... du Guatemala. Tous produits qui ont leurs équivalents «bien de chez nous». Ou qui l'avaient. Car nos producteurs régionaux peinent à lutter contre ces importations à bas prix.
"Jamais vu des haricots de Belgique au Carrefour"
«Des filières locales entières ont été anéanties», explique Pierre Ozer, chercheur à l'Université de Liège qui milite, au sein du Collectif Avion Rouge, pour que la provenance et le mode de transport utilisé pour le transport des marchandises soit clairement étiqueté. Ses motivations sont d'abord écologiques et c'est en milliers de kilomètres et en kilos de CO2 qu'il a pris l'habitude de calculer le «coût» de ses repas.
«Depuis que j'ai commencé ce calcul, je n'ai encore jamais vu, par exemple, des haricots de Belgique au Carrefour», dit-il. «Ils sont surtout produits au Kenya. Des moules arrivent du Canada par avion. Les oignons, depuis la mi-avril, viennent de Tasmanie ou de Nouvelle-Zélande. Or, qu'y a-t-il de plus banal qu'un oignon! On a tendance à perdre le fil des saisons. Il n'y a quasiment plus de limites.Quand on sait qu'un litre de kérosène coûte moins cher qu'un litre d'eau...»
Jusqu'ici, l'origine exotique des produits était plutôt un argument vendeur. Mais les mentalités changent; une étiquette dénonçant le coût écologique du transport pourrait avoir un effet dissuasif. C'est l'espoir du collectif qui a lancé la pétition visant à rendre le logo «avion rouge» obligatoire. Encore faut-il que le consommateur y prête attention. Et puisse s'informer des provenances, pas toujours bien précisées. Autre exemple relevé par Pierre Ozer: «Ce week-end, on proposait au Delhaize des ananas et des mangues découpés sous em ballage plastique. Origine:Belgique. Parce que c'est à Bruxelles qu'elles avaient été conditionnées.»
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